22.03.10

(un poème de métro)

* j’ai faute d’eau fait une toilette de chat, mon retard m’enrage, la chaleur est accablante (je sens m’agiter de grandes fulminations).
* pour un peu je rognonne. je pousse pour un peu la rame à pleins bras ; je cours devant.
* une négresse formidable — à son âge, celui du congo belge ou bien du dahomey, ma mère sur le billot ne dirait jamais nègre.
* mais elle peut dire négresse sans jamais mal y voir.
* car du début je suis d’une autre ère, aussi je sais chanter la négresse qui buvait du lait, je sais ravaja la mouquère.
* à trente-cinq ans de là m’en voici lancinée, outrée de l’être et toujours tempêtant — les campagnes d’afrique / j’en ai ras le dos.
* je sais, charriées depuis un autre temps, les semelles articulées des socques et puis la peau d’un chat contre les rhumatismes.
* je sais qu’on peut à quatorze ans voir ballotter une camionnée de boches morts, s’en réjouir et sitôt s’épouvanter de s’en être réjouie.
* [hors celle de f* je hais les écritures rondes — la jeune fille face à moi gâche plein ses feuilles son encre — je leur préfère mes âpres et tout petits poinçons, je leur préfère ma méchanceté.]
* je sais qu’on peut à quatorze ans cuver parmi la paille des chevaux descendus l’œil bandé dans la mine.
* [la station est fermée pour travaux — d’où, ce goût que j’en conçois, le fleur fantasmé du ciment ? — du trou d’homme où j’allais rêvasser enfant pour le nom qu’on lui donne.]
* je sais de temps très loin que sous l’occupation l’on peut obtenir du vinaigre dont une goutte suffit à blanchir effrayamment le plancher — qu’impérieux le pharmacien confisquera la bouteille.
* je sais devoir dans dix minutes endurer de brefs discours sur la presbytie naissante : je vais au fond cheminant vers l’âge qu’on m’a consenti du début.
* mon retard m’enrage, je fomente une excuse : « j’ai eu un p(r)o(bl)ème de métro. »

7 commentaires:

albin, journalier a dit…

C'est nous les Africains
Qui revenons de loin
Nous venons des colonies
Pour sauver la Patrie
Nous avons tout quitté
Parents, gourbis, foyers...

Mario Alonso a dit…

moi aussi tout m'impressionne ici Daniele

La femme-boîte a dit…

Je dis "chapeau".
C'est magnifique.

O.

alain giorgetti a dit…

Quel joli jou-jouet, que le métro quand même...

daniele momont a dit…

Un grand merci, les mecs et les mecquesses.

Anne-Sophie Tschiegg a dit…

C'est beau.
Un lai de tram ça peut être bien aussi...

daniele momont a dit…

La beauté des lais, des lais...
Hélas par ici, bof : c'est drôle de tram.